Automobile, dessin ou dessein ? (2/2)

par Jean-louis FRECHIN, designer - nodesign.net

Cet article fait suite à une première partie.

Design contre Design 

Design est issu du mot italien disegno qui exprime l’ambition d’une œuvre et la manière dont elle est exécutée. Le Disegno est devenu un des concepts majeurs de la théorie de l’art de la Renaissance. Il signifie à la fois dessin et projet, tracé du contour et intention, dessin et dessein. Il désigne donc une activité intellectuelle, intuitive et large de création et de conception. Cette expression est arrivée en France pour devenir desseing, puis dessein avec le même sens. Puis enfin, le Compte de Salisbury a théorisé l’industriel design en Angleterre à la fin du XIX siècle.  

Si, à la renaissance, les artistes étaient des ingénieurs et les ingénieurs étaient des artistes comme à Florence, les choses ont changé. Il faut désormais apprendre à lever une confusion courante créée par la langue anglaise. 

L’engineering design qui est l’acte de conception de l’ingénieur alors que l’industrial design ou le product design relève de la création industrielle , c’est-à-dire de la création. L’un relève des techniques, le second de l’art. On confond souvent les deux. Le design, art impliqué, est la discipline qui consiste à mettre du désir, de l’émotion, de l’utilité et du sens en toute chose, et à les mettre en forme. Il est aussi un garant des usages d’une technologie. Enfin ses actions sont inscrites dans une culture. Le design est l’art d’imaginer, de proposer et de réaliser des objets, des services ou des situations utiles et désirables. La forme du tout, Gestalt. 

L’objet du design est universel, car il peut être appliqué à n’importe quel domaine de l’expérience humaine, tout aulong des projets. Il relève moins de la cosmétique que de l’esthétique, le sens des formes. 

Les créateurs contemporains ne posent pas tant la question de faire de beaux produits, mais plutôt de s’interroger sur ce que l’on doit produire. S’il est désormais courant d’opposer le beau, qui serait l’expression d’un Design superficiel, décoratif et de la possession — au bon qui serait leDesign de l’être et des services, il est important de se rappeler que les Grecs ne dissociaient pas les deux concepts et avaient même une expression spécifique, « kalos kagathos », pour signifier beau et bon en même temps. Pour ce qui nous intéresse, l’un ne va pas sans l’autre. 

Le bon design ne relève pas de l’invention, il y a les inventeurs ou les équipes de concepteurs dont ils peuvent faire partie, mais de la transformation des propositions en innovation et en produits.   

Comment intégrer le design ?  

Loin des méthodes toutes faites issues de l’univers numérique, ou de la transformation des entreprises, le design tel que nous l’approchons chez NoDesign relève de deux séquences bien distinctes : Le design de l’offre et le design de la proposition. 

La première phase, le design de l’offre relève de questionnements et d’interrogations sur le « Que Faire ? », la connaissance du sujet, du programme envisagé, c’est à dire de l’énoncé des caractères et des fonctions précises auxquels le projet devra répondre, mais également de ses ambitions, et de sa consolidation critique, et enfin de la question des destinataires des offres. À partir du programme, on établit le positionnement de la proposition en relation à son marché, ceci dans une stratégie d’offre.

Dans le cas d’un modèle de marché de demande, c’est l’inverse, on positionne un ensemble de besoins par rapport aux attentes du marché, et on imagine un programme et une architecture ensuite, comme pour la production de masse... Ensuite à partir de cela on peut définir une architecture générale tant fonctionnelle que d’usage.    

La seconde phase, le design de la proposition, est créative et productive. Elle tente de répondre aux questions posées dans la phase initiale. Elle transforme ces interrogations, en idées, et en formes dans un exercice de synthèse créative qui est plus une traduction ou une réinterprétation qu’une simple exécution littérale.  

Le design est un processus d’intégration et de traduction des attentes et des technologies pour en faire des "produits", c’est-à-dire des artefacts utilisables par tout le monde, de façon durable et responsable pour les utilisateurs et l’environnement. Le design illustre la différence entre invention et innovation. Les designers assurent, tout au long des processus de création, les questions d’usages, de forme, de communs, mais également de symbole et de désir afin de permettre l’existence, la compréhension et l’attractivité. 

Aujourd’hui, l’endroit où l’on va découvrir le futur d’une l’entreprise, n’est plus tant ses laboratoires que son centre de design qui illustre la vision globale, l’interaction avec la société et ses propositions de synthèse. Il sera difficile au regard des freins, des habitudes et des comportements à changer de faire une révolution de la mobilité sans eux !    

 

Jean Louis Frechin    

 

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