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Des étudiant d'Eindhoven University of Technology ont créé ARIA

une voiture électrique simple et réparable par son propriétaire

9 janvier 2026

Les étudiants de l’équipe TU/ecomotive de l’Université de technologie d’Eindhoven ont présenté ARIA, une petite voiture électrique urbaine modulaire conçue pour être réparée par ses utilisateurs, en écho direct aux enjeux de réparabilité et de sobriété matérielle portés par l’eXtrême Défi Mobilité. Leur objectif explicite est de démontrer que d’autres trajectoires de conception sont possibles et d’interpeller à la fois l’industrie automobile et les décideurs européens.

ARIA : une citadine électrique modulaire

ARIA est décrite comme une voiture électrique de ville « durable » dont la promesse centrale est de durer plus longtemps tout en étant plus simple et moins coûteuse à entretenir. Sa particularité tient à une architecture en modules distincts : batteries, panneaux de carrosserie et éléments électroniques intérieurs sont conçus comme des sous-ensembles séparés, remplaçables individuellement. Cette approche vise à rompre avec la logique d’objets complexes, scellés, que seuls des ateliers agréés peuvent maintenir.

L’équipe met également en avant un ensemble d’outils d’usage : manuels clairs, composants standardisés, boîte à outils intégrée et application de diagnostic embarquée qui lit l’état du véhicule. L’utilisateur est ainsi guidé pour effectuer lui même des opérations de maintenance courantes, sans dépendre du constructeur pour chaque panne mineure.

Une batterie pensée pour la réparabilité

Contrairement à la plupart des véhicules électriques qui embarquent un pack unique lourd et intégré dans la structure, ARIA utilise six modules de batterie d’environ 12 kg chacun. Ces modules peuvent être détachés à la main, le geste étant comparé à un simple changement de piles dans une télécommande, ce qui réduit les contraintes physiques et logistiques liées à la maintenance. Ensemble, ces six batteries offrent une capacité totale de 12,96 kWh, adaptée à une mobilité urbaine et périurbaine de courte distance.

Cette modularité ouvre plusieurs perspectives : remplacement ciblé d’un module défaillant, rotation ou reconditionnement de modules individuels et, plus largement, compatibilité avec des exigences futures de réparation et de réemploi des batteries prévues par la réglementation européenne. Pour les garages indépendants comme pour les usagers, elle permet de limiter les immobilisations longues et coûteuses.

L’extérieur du véhicule traduit la même logique : les panneaux de carrosserie se clipsent et se déclipsent en quelques minutes. En cas de rayure ou de petit choc, l’utilisateur peut déposer uniquement le panneau concerné et le remplacer, sans opérations de peinture ou de débosselage complexes.

Une fois le panneau retiré, les composants situés derrière deviennent immédiatement accessibles, ce qui facilite le contrôle visuel et le remplacement de pièces ou de faisceaux électriques. Ce système a été imaginé par un étudiant de Summa, au sein d’une équipe qui regroupe des étudiantes et étudiants de TU/e, de Fontys et de Summa, illustrant le potentiel de coopérations inter?établissements pour faire émerger des solutions très pragmatiques.

Répondre à la “jetabilité” croissante des VE

Les concepteurs d’ARIA partent d’un constat : les voitures électriques deviennent de plus en plus difficiles à réparer, avec des batteries intégrées au châssis, des pièces peu standardisées et difficiles d’accès pour les garages indépendants, sur fond de pénurie de techniciens spécialisés. Cette combinaison rallonge les délais, augmente les coûts de réparation et conduit à mettre au rebut prématurément des véhicules qui pourraient encore rouler.

Pour l’équipe, cette dérive vers la « jetabilité » fragilise l’image durable des véhicules électriques et va à rebours des objectifs de réduction d’empreinte carbone. ARIA se veut une démonstration concrète qu’un design plus sobre et réparable est techniquement réalisable à court terme, y compris dans un cadre de projet étudiant limité à une année.

Droit à réparer et interpellation des politiques publiques

Le projet s’inscrit dans le mouvement du « Right to Repair » et s’aligne sur la législation européenne récente visant à rendre les produits plus facilement réparables, rapidement et à moindre coût. Les étudiants soulignent toutefois que ces nouvelles règles ciblent surtout l’électroménager et l’électronique grand public, laissant encore de côté les véhicules électriques particuliers.

Avec ARIA, l’équipe souhaite à la fois inspirer l’industrie automobile et encourager l’Union européenne à étendre ces principes de réparabilité aux voitures particulières, notamment pour les composants critiques comme les batteries. TU/ecomotive soutient d’ailleurs la coalition Right to Repair Europe, qui milite pour un meilleur accès aux pièces détachées, aux mises à jour logicielles et à la réparabilité des systèmes de traction électrique.

L’XD Mobilité a été dès le début construit sur ces objectifs à la fois pour les logiciels et les composants. Un score environnemental a été élaboré et sera bientôt disponible pour traduire en indicateur compréhensible la performance environnementale et la réparabilité. Ces critères pourront ainsi être ajoutés dans les appels d’offres et dans les conditions pour recevoir des aides. De plus la modularité, la réparabilité, l’éco-conception des composants et sous-ensembles viennent renforcer la compétitivité des entreprises européennes, la robustesse et l’attractivité de ces véhicules. De nombreux projets industriels de vélis intègrent aujourd’hui les performances d’ARIA sur la batterie, les sous-ensembles et les véhicules complets.